Les articulations facettaires relient les vertèbres entre elles à l'arrière de la colonne. Lorsqu'elles s'usent ou s'inflamment, elles peuvent devenir la source principale d'une douleur lombaire chronique. Bien diagnostiqué, le syndrome facettaire se traite.
Faire le questionnaire
Chaque étage de la colonne vertébrale repose sur un trépied : le disque intervertébral à l'avant, et deux articulations facettaires à l'arrière. Ces petites articulations guident et limitent les mouvements de la colonne. Comme toute articulation, elles peuvent s'user (arthrose facettaire), s'inflammer ou devenir instables.
On parle de syndrome facettaire lorsque ces articulations deviennent la source de la douleur. Selon les études, elles seraient en cause dans 15 à 45 % des lombalgies chroniques [1][1] Perolat R, Kastler A, Nicot B, Pellat JM, Tahon F, Attye A, Heck O, Boubagra K, Grand S, Krainik A. Facet joint syndrome: from diagnosis to interventional management. Insights Imaging. 2018 Oct;9(5):773-789. doi: 10.1007/s13244-018-0638-x. Epub 2018 Aug 8. PMID: 30090998; PMCID: PMC6206372.[2][2] Manchikanti L, Manchikanti KN, Cash KA, Singh V, Giordano J. Age-related prevalence of facet-joint involvement in chronic neck and low back pain. Pain Physician. 2008 Jan;11(1):67-75. PMID: 18196171.. Le syndrome facettaire est pourtant resté longtemps sous-diagnostiqué, pour une raison simple : il ne se voit pas toujours sur les imageries standard, et l'arthrose visible à l'imagerie n'est pas toujours douloureuse. Le diagnostic repose donc sur une démarche spécifique.
Aucun symptôme n'est à lui seul spécifique, mais certains signes orientent vers l'origine facettaire d'une lombalgie :
Le diagnostic du syndrome facettaire ne se résume ni à un examen clinique ni à une imagerie. Il repose sur la convergence de trois éléments :
Cette démarche par étapes permet de ne proposer un traitement ciblé qu'aux patients chez qui l'origine facettaire de la douleur est réellement démontrée.
Le traitement du syndrome facettaire suit une logique d'escalade, du plus simple au plus complet :
Lorsque la chirurgie devient nécessaire, le traitement de référence a longtemps été l'arthrodèse par vis pédiculaires : une fusion des vertèbres au moyen de vis et de tiges, efficace mais invasive.
J'ai conçu en 2015 et breveté un dispositif d'arthrodèse facettaire qui suit une autre logique : fusionner directement les articulations facettaires douloureuses, au moyen de petits dispositifs d'environ 1 cm, appelés cages facettaires, implantés dans l'articulation elle-même. Cette approche permet une chirurgie moins invasive, avec près de 20 fois moins de volume de métal implanté par rapport à un vissage pédiculaire.
Ce dispositif a fait l'objet de plusieurs études cliniques publiées dans des revues internationales à comité de lecture. À un an, une étude prospective multicentrique a montré une amélioration significative des symptômes chez les patients opérés [3][3] Srour R, Gdoura Y, Delaitre M, Mortada J, Benali MA, Millot F, Hritcu D, Timofeev A, Sellal F. Facet Arthrodesis with the FFX Device: One-Year Results from a Prospective Multicenter Study. Int J Spine Surg. 2020 Dec;14(6):996-1002. doi: 10.14444/7149. Epub 2020 Dec 29. PMID: 33560260; PMCID: PMC7872413.. Par rapport à la fixation par vis pédiculaires, son utilisation réduit significativement la durée opératoire et les pertes sanguines [4][4] Srour R. Comparison of Operative Time and Blood Loss With the FFX® Device Versus Pedicle Screw Fixation During Surgery for Lumbar Spinal Stenosis: A Retrospective Cohort Study. Cureus. 2022 Mar 7;14(3):e22931. doi: 10.7759/cureus.22931. PMID: 35399487; PMCID: PMC8986517.. Enfin, une étude comparative à long terme chez des patients souffrant de sténose lombaire a retrouvé un taux de fusion facettaire de 91 %, sans différence avec les vis pédiculaires sur le critère principal de fusion ni sur les complications, et avec moins de réinterventions à deux ans : 3,6 % contre 10,7 % [5][5] Houari O, Douanla A, Ben Ammar M, Benmekhbi M, Mortada J, Lungu G, Magheru C, Voirin J, Lebedinsky PA, Musacchio M, Bolognini F, Srour R. Evaluation of the Efficacy and Safety of FFX Facet Cages Compared With Pedicle Screw Fixation in Patients With Lumbar Spinal Stenosis: A Long-Term Study. Clin Spine Surg. 2025 Jun 1;38(5):E269-E276. doi: 10.1097/BSD.0000000000001704. Epub 2024 Oct 15. PMID: 39404118..
Les références complètes de ces travaux, avec les liens vers les publications, figurent sur la page Articles Scientifiques.
Par transparence : je suis co-inventeur de ce dispositif (« FFX »), dont le développement industriel est assuré par la société SC MEDICA, au sein de laquelle un membre de ma famille exerce des responsabilités.
La chirurgie ne concerne qu'une minorité de patients : ceux dont la douleur facettaire est démontrée par les blocs diagnostiques, invalidante au quotidien, et résistante à un traitement conservateur bien conduit. Dans tous les autres cas, les traitements non chirurgicaux restent la règle. Chaque situation est évaluée individuellement en consultation, et les bénéfices comme les risques de chaque option sont exposés au patient avant toute décision, prise ensemble.
Questions fréquentes
Pas toujours. L'IRM peut montrer une arthrose facettaire, mais celle-ci n'est pas toujours douloureuse, et une articulation douloureuse peut paraître normale. C'est pourquoi le diagnostic repose sur les blocs anesthésiques des branches médiales, et non sur la seule imagerie.
Chez de nombreux patients, oui : infiltrations et radiofréquence, associées à la rééducation, permettent un contrôle durable de la douleur. La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec de ces traitements.
L'arthrodèse classique fusionne les vertèbres au moyen de vis pédiculaires et de tiges, parfois associées à un implant placé à l'intérieur du disque intervertébral, appelé cage intersomatique. L'arthrodèse facettaire fusionne directement les articulations facettaires au moyen de petits dispositifs d'environ 1 cm, appelés cages facettaires, implantés dans l'articulation elle-même. Cette approche permet une chirurgie moins invasive, avec près de 20 fois moins de volume de métal implanté par rapport à un vissage pédiculaire.
Comme toute chirurgie du rachis, elle comporte des risques (infection, saignement, complication neurologique, absence d'amélioration), détaillés en consultation. Dans environ 4 % des cas, la chirurgie d'arthrodèse facettaire peut conduire à une non-fusion symptomatique de l'articulation facettaire (pseudarthrodèse), nécessitant une chirurgie de reprise par vissage pédiculaire. La sélection rigoureuse des patients vise précisément à ne proposer l'intervention que lorsque le bénéfice attendu justifie ces risques.
Elle varie selon les patients et l'étendue du geste. Le caractère mini-invasif de l'arthrodèse facettaire permet en général un lever précoce et une hospitalisation courte. Les modalités précises de récupération sont expliquées lors de la consultation préopératoire.